Comment la France a tué ses villes – Édition revue et enrichie

OLIVIER RAZEMON. Éditions « Rue de l’Echiquier », 216 pages. 18 €. 2017.

Ce livre du journaliste Olivier Razemon a eu ces derniers mois un retentissement certain, car il traite d’un mal français dont il est peu question dans les médias, ou alors, sous la seule forme du marronnier (ces sujets que l’on traite quand l’actualité est moins intense).

Le déclin des villes moyennes en France est pourtant un fait que nombre de citoyens constatent au quotidien. A travers un tour de l’hexagone qui l’a notamment amené à Béziers, Olivier Razemon tente de définir la pathologie qui s’attaque aux villes moyennes, devenue chronique depuis les années 70 et la désindustrialisation du pays.

Le fait est que si les constats sont bien identifiables, ils sont plus complexes qu’on ne croit et touchent aussi certains quartiers des métropoles, qu’on aurait pu croire préservées grâce à leur attractivité.

Il n’est pas possible, dans un compte-rendu qui se doit d’être bref, de rentrer dans les détails de cette riche enquête. Mais les constats sont les mêmes partout : appauvrissement des centres historiques au profit d’un urbanisme qui a du mal à restreindre l’étalement urbain. Désert commercial en cœur de ville au profit de l’extension de centres commerciaux toujours plus nombreux et plus grands. Triomphe de la voiture au détriment des transports en commun ou des transports doux, avec pour effet l’externalisation des achats en périphérie, ainsi que l’extension pavillonnaire.

1 commerce sur 3 fermé à Béziers.

Cette désertification des centres villes atteint tous les pays développés. Si la France y est particulièrement sensible, c’est en partie par son histoire. Pays longtemps rural, la France ne possède pas de réseau de grandes métropoles comme l’Allemagne, l’Italie ou l’Espagne. Notre territoire s’est construit sur des villes moyennes (et quelques petites métropoles comme Lyon, Toulouse, Marseille ou Montpellier par exemple). Et ces villes moyennes sont longtemps demeurées prospères parce qu’elles constituaient un maillage administratif, industriel, commercial, routier incontournable jusqu’à la fin des années 60.

Face à cette tendance, les solutions sont difficiles et souvent contre-productives. Doit-on refuser à une enseigne commerciale de s’installer en périphérie au détriment des commerces centraux ? Et cela même quand l’enseigne en question propose de subventionner le centre-ville ? Doit-on rendre à la voiture une place qui lui a été ôtée au motif que s’il n’y a pas de places pour se garer, la chalandise ira fatalement en périphérie, et alors même que la voiture asphyxie les cœurs urbains et que les transports en commun représentent moins de 10% des déplacements ? Doit-on multiplier les animations en centre, sachant que ces actions ont peu d’influence sur l’activité commerciale ? Doit-on rénover les villes au risque de ne plus y attirer qu’une population aisée qui continuera à faire ses achats en banlieue ?

Doit-on refuser à une enseigne commerciale de s’installer en périphérie au détriment des commerces centraux ? Et cela même quand l’enseigne en question propose de subventionner le centre-ville ?

Olivier Razemon pose ces questions et beaucoup d’autres, parfois étonnantes. Il a le mérite de donner quarante pistes de réflexion sur une politique globale de revitalisation des villes moyennes.

Une piste parmi d’autres : mobiliser tous les acteurs (citadins, commerçants, associations, chambres de commerce, milieux culturels etc.)

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