Comment les géants du numérique veulent gouverner nos villes – La Cité face aux algorithmes

Jean Haëntjens. Éditions « Rue de l’Echiquier »,  155 pages. 15 €.2018.

Jean Haëtjens est économiste, urbaniste et spécialiste des stratégies urbaines.

Le concept de ville intelligente est apparu dès les débuts de la révolution numérique. Une ville intelligente est une ville dont la gestion au quotidien est largement assurée et assumée par des algorithmes numériques qui régissent les transports, les flux de personnes, d’énergie, de déchets, l’information sous toute ses formes.

Ce n’est pas de la science-fiction, mais ce type de délégation politique existe déjà à Toronto (Google) dans de très nombreuses métropoles, y compris françaises, et se diffuse vers les villes moyennes, et fait émerger un affrontement entre deux types de gouvernance politique : comment faire cohabiter la cité politique et la ville-service numérique ?

D’une part les Etats et notamment les Etats des pays développés cherchent à trouver des pouvoirs locaux forts et structurés, pour mieux se désengager et se recentrer sur leurs prérogatives régaliennes (sécurité, armée, justice, impôt, politique étrangère). Pour cela ils encouragent la démocratie participative et locale et délèguent leur responsabilité budgétaire. Les villes connectées sont pour eux des solutions à moindre coût.

D’autre part, ces mêmes Etats se recentralisent de façon à ne pas perdre le contrôle sur leurs périphéries.

Cette contradiction fait naître de la complexité à tous les étages, sous couvert de simplification.

Les algorithmes proposés, voire imposés par les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) ou d’autres entreprises du numérique offrent des solutions appréciables aux problèmes de gestion quotidienne que posent les villes et les agglomérations : sécurité, énergie, déchets, flux de circulation, stationnement, etc.

Mais ces algorithmes sont inadaptés à l’évolution des réalités économiques, sociales, comportementales.

Jean Haëtjens propose une expression provocatrice : faut-il « ubériser » les maires ?

Or si la démocratie numérique propose des solutions participatives et des voies d’innovation, rien ne remplace, dans la cité politique, un maire, les élus et les services municipaux. La cité politique, qui a besoin d’élus d’opposition, a la lourde responsabilité de faire fonctionner l’imaginaire urbain et de partager cet imaginaire avec les citoyens, y compris en usant des nouvelles technologies. Cela exige des services municipaux formés, impliqués pour gérer l’interface entre la cité politique et la ville service numérisée.

Si la majorité des villes moyennes, comme Béziers, n’en est pas tout à fait encore à ce stade, la transition est en cours. Et la gouvernance par les hommes ne pourra pas être déléguée à la gouvernance numérique, au risque de voir, comme à Paris, apparaître des difficultés sur le nouveau marché du « Vélib », faute d’avoir anticipé et suivi ce renouvellement numérique des déplacements.

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