Culture et politique de la ville

Une évaluation. Sous la direction scientifique de Philippe Chaudoir et Jacques Maillard avec la participation de Sophie Le Coq et l’équipe de recherche de Maurice Blanc. Éditions  « l’Aube » 203 pages. 18 €. 2004

Jacques Maillard, politologue.

Philippe Chaudoir, sociologue.

Sophie Le Coque, sociologue.

Maurice Blanc, sociologue.

Cet essai, précis et riche d’enseignement offre un panorama complexe et instructif des rapports entre la politique de la ville et la politique culturelle. Divisé en deux parties, une synthétique et une faite de quatre exemples emblématiques (Vénissieux, Grenoble, Sénart et Strasbourg), ce recollement de recherches à trois qualités, dont une est paradoxale.

Faisons d’abord un sort à la préface cosignée par Claude Brévan et Martine Marigeaud respectivement à l’époque, déléguée interministérielle à la ville pour la première et directrice au ministère de la Culture et de la Communication pour la seconde. Nous avons là un chef-d’œuvre de langue de bois technocratique à inscrire urgemment au programme des futurs énarques.

Un chef-d’œuvre de langue de bois.

Exemple : p. 6 « Politique interministérielle et contractuelle, sociale et territoriale, la politique de la ville a finalement apporté aux politiques publiques dans leur ensemble plus une méthode et une attention soutenue à l’endroit des zones et des populations délaissées qu’un cadre qui aurait eu vocation à s’emboiter dans une construction idéale, englobant toutes les conventions particulières et s’articulant aux dispositifs contractuels des contrats de plan Etat-régions. » On sent la proximité et l’empathie dans ce galimatias. Et surtout un certain aplomb dans la contradiction, qu’on ne dira pas assumée, mais dérivée du langage « techno » lui-même, puisque, quelques lignes plus loin on peut lire : « (…) cette diversité des modes d’intervention permet de fournir un cadre aux actions et de favoriser une culture commune des acteurs culturels, éducatifs et sociaux. » Ou l’art de dire tout et son contraire.

Passons…

Cet essai a d’abord pour vertu de proposer un axe de réflexion qui est toujours d’actualité et de décliner les différentes problématiques qui prolifèrent autour de ce principe binaire. La France est l’un des rares pays développés à s’être doté d’une politique culturelle au début des années 60. André Malraux en fut le maître d’œuvre sous l’autorité du général de Gaulle. Mais depuis ces temps pas si lointains, l’Etat se trouve confronté à une double façon de donner énergie et efficacité à ses politiques de la ville et culturelles. Et les termes sont simples : comment combiner démocratisation de la culture (c’est-à-dire diffusion de masse faite par les appareils d’Etat ou contrôlés par lui) et démocratie culturelle (c’est-à-dire prise en compte de la culture dite populaire, voire de celle des « quartiers »). En une phrase : comment faire se rencontrer ce qui descend et ce qui voudrait monter.

La seconde qualité de ce texte réside dans le fait de présenter de façon homogène et passionnante quatre exemples emblématiques de politiques culturelles articulées aux politiques de la ville. On voit là la complexité des problématiques, le choc entre la richesse des propositions, les contraintes budgétaires et les lourdeurs administratives. Où l’inventivité des acteurs, leur synergie et leurs désaccords, créent du concret à destination de tous les publics.

Quatre exemples emblématiques de politiques culturelles.

Paradoxalement, ce texte renferme une autre qualité. Edité en 2004, les auteurs ne pouvaient pas savoir qu’il y aurait une crise financière mondiale, puis une crise de la dette des états. Ils n’ont pas intégré le fait que l’Etat se recentrerait sur ses missions régaliennes et serait amené à faire des coupes budgétaires importantes dans les dotations aux collectivités locales. Ils ignoraient qu’aucune politique de la ville ou culturelle n’a vu venir le phénomène terroriste diffusé à grande échelle par les nouvelles technologies.

Cela n’efface en rien les qualités de cet essai. Et, en ce qui concerne Béziers, la question d’une politique culturelle forte, en direction de tous les citoyens, mais qui mette en valeur les catégories moyennes, est une vraie question, car elle a des retombées économiques non négligeables.

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