Idées reçues sur le logement social

Jean-Marc Stébé, Hervé Marchal, Marc Bertier. Éditions « Le Cavalier Bleu », 120 pages. 2016.

Jean-Marc Stébé, professeur de sociologie à l’Université de Lorraine.

Hervé Marchal, maître de conférences à l’Université de Lorraine.

Marc Bertier, docteur en sociologie et architecte.

A la suite du Siècle des Lumières, le XIXème siècle a développé, à mesure que l’industrialisation se développait, une vaste réflexion sur les conditions de logement de la classe ouvrière. La pensée hygiéniste est née durant la première moitié du XIXème siècle. Cette pensée a promu un idéal mêlant philanthropie, hygiène et éducation morale.

En 1892, la loi Siegfried instaure les HBM (Habitations à Bon Marché). Dès lors, les politiques de logement social connaîtront une histoire complexe. Le remplacement du sigle HBM par celui d’HLM (Habitation à Loyer Modéré) en 1950, marquera symboliquement, dans la pensée collective, la seconde moitié du XXème et ce début de XXIème siècle.

Ce court ouvrage a le grand mérite de poser clairement, en termes accessibles, les aléas des politiques du logement social en France. Les problématiques, formulées en termes d’idées reçues de l’imaginaire social, permettent aux auteurs de poser les réalités, leurs évolutions et leurs contradictions, depuis la loi Siegfried jusqu’à la loi ALUR (pour l’Accès au Logement et à un Urbanisme Rénové) dite aussi loi Duflot.

14 idées reçues sur le logement social sont ainsi soigneusement examinées, sous leurs deux aspects : ce qu’elles recouvrent comme constat ; ce que ce constat contient de fantasmes. Vient alors un exercice de mise au point, qui présente un portrait plus que nuancé de ce réel qu’est l’habitat social. Sont ainsi battus en brèche les jugements purement péjoratifs attachés à ce type de logements. Une autre réalité sous-jacente et plus positive apparaît alors.

14 idées reçues sur le logement social

Trois exemples d’idées reçues parmi les 14 prises en compte dans ce texte : « Les HLM sont des grands ensembles, des barres, des tours » ; « les modalités d’attribution des logements sociaux sont injustes » ; « le logement social coûte cher ».

Sans entrer dans le détail, on apprend, entre autres choses, qu’avant d’être signes de relégation les HLM étaient très recherchés par les classes moyennes d’après-guerre ; appartements vastes, baies vitrées, tout confort.

    

Quand la pénurie de logements s’est aggravée vers la fin des années 50, une politique de « grands ensembles » a été mise en œuvre avec un objectif : constructions rapides en modules préfabriqués et moindre coût. Ces constructions se sont vite dégradées (on a cessé d’en construire en 1973), et les classe moyennes, accédant à la propriété pavillonnaire de banlieue, ont cédé la place aux plus pauvres, et aux français issus de l’immigration. On alors parlé de « zones, ou de quartiers, ou de collèges sensibles », et de « ghettos sociaux », synonymes de délinquance.

https://www.anru.fr/fre/Mediatheque/Phototheque/Immeuble-Capendeguy-avant-travaux

Depuis 40 ans, les pouvoirs publics et les bailleurs sociaux (principalement les Offices HLM), ont été amenés à intervenir massivement, avec des succès contrastés : fallait-il détruire et reconstruire, ou patrimonialiser un bâti existant après rénovation ? Promouvoir une mixité qui n’allait pas de soi ? Inciter à la fois à l’accession à la propriété des logements sociaux et accueillir les classes les plus en détresse sociale ? Une quadrature du cercle qui est rapidement devenue intenable pour les bailleurs sociaux, compte-tenu du fait que s’y ajoutent l’obligation pour de nombreuses villes et collectivités de construire 25% de logements sociaux ; compte-tenu que l’Etat intervient peu dans le financement (c’est le livret A qui en est la principale ressource) ; compte-tenu, enfin, que les bailleurs sociaux doivent équilibrer leurs comptes, faute de quoi, pas d’entretien, pas de rénovation…

Idée reçue N° 8 « Il y a beaucoup de jeunes qui zonent dans les quartiers »

Un petit bémol, cependant, dans cet ouvrage riche et d’une lecture attrayante. A l’idée reçue N° 8 « Il y a beaucoup de jeunes qui zonent dans les quartiers », cette phrase, p. 68-69 : « cette question de la sécurité est légitimée moins à partir de la criminalité objective (…) qu’à partir d’un sentiment diffus d’insécurité ». Un candidat aux présidentielles de 2002 a pris en pleine figure le « sentiment d’insécurité » qu’il avait fait sien lors de sa campagne. On connaît la suite…

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