Gestion des déchets – Innovations sociales et territoriales

Presses Universitaires de Rennes. Collection espace et territoires, 301 pages. 20 €. 2015.

Sous la direction de Mathieu Durand, Yamna Djellouli et Cyrille Naoarine.

Préface de Jean-René Bertrand.

Rudologie : terme dont on peut déduire qu’il désigne un savoir empreint de rudesse. Cette science s’est constituée en France autour de Jean Gouhier, géographe à l’université du Mans.

C’est dire si, la rudologie, ou science de la gestion des déchets est un élément du savoir commun relativement récent.

Entre les décharges domestiques aux abords des lieux d’habitation, les décharges publiques ou l’enfouissement après récupération de ce qui pouvait l’être par des métalliers et des chiffonniers, la gestion des déchets, même si elle interpellait les autorités, est restée longtemps le parent pauvre des politiques publiques.


L’expansion exponentielle de la société de consommation, la montée des politiques de santé publique ont mis au cœur de la régulation des sociétés, ce problème : continuer à gérer des décharges publiques, à enfouir, est devenu impossible. Les pollutions visuelles, sonores, olfactives, celles impactant les sous-sols et les nappes phréatiques ont, à partir des années 70, imposé aux gouvernants, aux associations et aux citoyens, une obligation de résultat pour trouver des solutions.

Et cela n’a pas été comme on pourrait le dire en empruntant le tire d’un film de cinéma français à succès, « un long fleuve tranquille ».

Cependant, peu à peu, et la conscience écologique se développant, dans le même temps que le concept de durabilité, des solutions se sont imposées. Méthanisation, remise dans le circuit après avoir créé un arsenal législatif pour lutter contre « l’obsolescence programmée » (une entente entre les entreprises pour faire en sorte que les instruments électro-ménagers cessent de fonctionner au bout d’un temps réduit), recyclage, ont été les hypothèses qui se concrétisent tant bien que mal, souvent, sous la pression d’associations, d’ONG, par le constat que le principe de réalité devenait pressant, et en résistant aux pressions contraires des grandes industries.

Une économie de la gestion des déchets s’est ainsi mise en place accompagnée par les pouvoirs publics, nationaux et territoriaux. La naissance d’un ministère de l’écologie a permis de confirmer cette dynamique qui met en concurrence entreprises sociales et purement industrielles. A une vision linéaire de cette gestion s’est substituée peu à peu une organisation cyclique : de l’usage à la destruction, on est passé à un usage territorialisé du recyclage et de la transformation des déchets. La mise en place de la Responsabilité Elargie du Producteur (REP), malgré ses imperfections, a permis de financer en partie ce qui a un impact important sur nos sociétés consuméristes.

Mais dans ce type de problèmes devenus centraux dans nos sociétés, la méfiance de la population, sa vigilance aussi constituent des facteurs majeurs. Tout une rhétorique du «  je », « nous », « vous », «eux », désignant les différents protagonistes et véhiculant, dans le même mouvement vérités et fantasmes complotistes s’est développée avec pour principe originel le « nimby », acronyme anglais (not in my back yard, pas dans mon arrière-cour) qui pointe le côté explosif de la gestion des déchets, quel que soit le degré d’avancement économique et social des pays. La multiplication des décharges sauvages, y compris en centres villes contribue aussi à exacerber les tensions.

Les politiques publiques expérimentent des solutions variées, qui ont toutes leurs limites. Mais leur fondement s’articule autour de deux types de communications : la communication persuasive qui vise à toucher la rationalité des individus citoyens et la et la communication engageante qui a pour objet de miser sur l’enclenchement de réflexes comportementaux en ce qui concerne la gestion des déchets.

Quoi qu’il en soit, la gestion des déchets constitue un problème majeur pour l’avenir de toutes les sociétés humaines.

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